William_D nous raconte :
Vendredi 29 mai, après un dernier point météo ne laissant pas présager un weekend très propice à une escapade dans les airs, je ronge mon frein et me résigne à aller fendre du bois le lendemain matin. Quelques échanges de SMS avec Guillaume ne changent pas mon état d’esprit, ça s’annonce assez moisi. Par jeu et pour voir les performances actuelles du bouzin, je demande à Mistral IA son analyse météo, elle voit une super journée de vol avec thermiques généreux, mais il faut selon elle décoller avant…9h ou 10h max ! on a encore quelques temps devant nous avant d’être totalement obsolètes face à la machine !…
Samedi matin, je jette un œil au dernier run Arome, nouveaux SMS avec Guillaume, il est chaud pour tenter, et pense qu’il faut décoller tôt pour se mettre à l’abri du risque d’orage possible dans l’après-midi. N’ayant pas beaucoup de volonté quand il s’agit de se débiner devant le travail, je plante mon chantier et saute sur la Guzzi, direction Signes, prêt mentalement à encaisser un nouveau but (les séquelles de 3 échecs de la semaine dernière sont encore bien présentes dans mon cerveau).
On monte à pied avec Alex et Pat’Imbert (pas celui de Canal+ années 90, pour ceux qui ont la réf), je morfle un peu à la montée (reflux gastrique pour donner les détails de mes problèmes de « jeune vieux »), je ne la sens vraiment pas cette sortie.
Arrivés au déco, le ciel ne m’inspire pas une grande journée, pas de cums en vue, un voile qui pointe son nez par le nord comme annoncé dans les prévisions, mais ça n’entame pas l’optimisme de Guillaume qui tente de décoller vers 11h, vite repris par une bouffe de nord est qui calme ses ardeurs. Il temporise avec nous en guettant le moindre signe d’activité thermique.
On se met finalement en l’air vers midi, il y a une bonne tribu de crosseurs, et on ne pressent pas de meilleures conditions si on attend encore, alors let’s go !!
Les premiers pilotes montent assez vite, et se perchent en limite de TMA. Je décolle à mon tour, radasse devant le déco et vois le moment où je vais m’enterrer alors que tout le monde sort. Je m’applique dans des bulettes au niveau de la combe sous les oreilles de Mickey et finis par sortir à mon tour, dans un thermique pas très consistant mais qui fait le job. Ouf, je suis au plaf’, premier objectif atteint (ne pas être le looser de service), cap au nord. Le ciel est laiteux, la visibilité pas terrible, on distingue les reliefs de la côte mais ça n’est pas aujourd’hui qu’on profitera du spectacle de la grande bleue, ni de la vue splendide sur les massifs au nord. Tant pis, à défaut d’un chouette panorama, il va falloir se concentrer sur les sensations en vol pour trouver du plaisir.
Je me retrouve assez rapidement tout seul, à essayer de suivre un groupe de 3 ailes, une Ozone jaune qui avance à mach 2 (ça ne peut être que Guillaume, Pat’Rob est déjà loin devant), LucX et Jean-Baptiste (un pilote des Pyrénées je crois). Derrière, je vois Pat’Imb’, Alex et François, j’ai perdu Manu et les autres copains de vue, il y a des voiles un peu partout en ce début de vol.
Je pousse le barreau pour ne pas me laisser trop distancer du groupe devant moi, et avance péniblement, contré par un flux de nord (annoncé) au plaf. Les thermiques sont assez mous, le voile de cirrus calme tout, ça ne va pas être simple de sortir son épingle du jeu. Déjà une heure de vol, je ne suis qu’à Tourves, envie de vomir (merci le reflux), pas la pêche, le groupe des trois pilotes devant qui continue à me distancer, je serre les dents mais l’envie de poser n’est pas bien loin. Un petit coup de Zello pour annoncer à Guillaume que je vais continuer au mieux mais qu’il vole trop vite pour moi et, ô surprise, il m’annonce qu’il est posé à Tourves après un mauvais choix tactique !! Je comprends immédiatement que la voile jaune qui file bon train, c’est l’Alpina 5 de CyrilD et non la Zeo du boss ! ça m’a l’air d’une belle réussite cette C 2 lignes « gentille » !
Le groupe devant oblique au nord-ouest, ce choix ne me plaît pas, je reste sur la ligne directe, et j’avance seul vers le Bessillon, que je rallie péniblement, toujours contré par ce nord un peu pénible. Je ne vois toujours pas le lac, je suis en l’air depuis plus de 2 heures et me traine, mais j’ai dorénavant un atout, une assistance de luxe au sol en la personne de Guillaume ! Il n’y a plus un pilote devant, et j’apprécie cette sensation de « faire la trace » et d’être « seul au monde ».
Au Grand Bessillon, je sors assez facilement tandis que j’observe le groupe de 3, enfin plus exactement de 2 puisque CyrilD a disparu des radars, revenir vers moi et me passer sous les pieds, assez bas au sud du relief. Ils se referont sur Cotignac, moi je suis au plaf, j’aperçois enfin la pointe ouest du lac, ou plus exactement la devine dans ce décor ouaté, et je me prends à rêver que c’est déjà gagné.
Douche froide, la transition vers Moissac Bellevue est catastrophique, je tombe du ciel et j’arrive trop bas pour m’appuyer sur le relief à ma droite, qui n’est que forêt sans possibilité de pose excepté une piste peu engageante. Je suis dépité, ça va encore m’échapper aujourd’hui alors que je suis à un thermique du lac. En désespoir de cause, je tourne à l’ouest pour poser dans un champ immense (qui me promet une heure de marche pour un retour à la civilisation), deux vautours me passent au-dessus avec l’air de me dire que la messe est dite, je gueule un bon coup ma rage aux dieux du ciel…ils m’entendent sans doute, et alors que je suis à 160m sol, je ressens une très légère ascendance, confirmée par le doux chant de mon vario. Je serre la petite bulle qui me monte dans du 0,1 / 0,2 mais qui va assez vite se transformer en un chouette thermique consistant qui me hisse en finesse du lac. En dix minutes, je suis passé de la rage à une joie immense, quel ascenseur émotionnel !
Je pars pour un dernier glide, avec dans l’idée de poser vers Bauduen, bien que Guillaume me conseille de plutôt m’appuyer sur les contreforts de Canjuers, et, alors que j’avance, une larme qui déborde du trop-plein d’émotions au coin de l’œil, j’ai Aiguines et ses grands champs dégagés en finesse. Je vois la plage encore hors d’atteinte à quelques centaines de mètres, je me positionne pour mon approche sur un petit champ près de la route, mais la main de la destinée est là, elle m’attrape et me monte de 30/40m, juste de quoi me jeter sur la plage, où je pose après 3h24 de vol, submergé de bonheur.

Le temps d’un bonjour à Marcos qui pose avec son passager pendant que je replie, Pat’Imb et Jean-Baptiste arrivent à leur tour.
Retour en stop avec Patrick, une formalité, on rentre en 5 voitures dont une épique partagée avec Ghislain et Karl (4 pilotes plus le matos et le chauffeur dans une petite berline entre Monfort et Tourves).
Pour une journée qui ne m’inspirait pas, je rentre comblé à la maison, tellement longtemps que je n’avais pas fait un vol qui m’apporte autant de joie, dans sa complexité bien plus que dans la distance parcourue ou du grandiose du décor qui n’était malheureusement pas au rendez-vous, ça mérite quelques bulles de champagne !!
Désolé, pas de photos en vol, mon unique instrument de vol actuel étant mon téléphone (je garderai les souvenirs dans un coin de ma tête).

Content pour toi William
Le plafond de verre est franchi
Bravo William pour ton premier lac depuis Signes. Et en plus, tu y arrives avant tout le monde !